
Après plus de cinq ans d’expérience, on apprend un truc ou deux. Chaque image ne doit pas nécessairement être un photoreportage puissant, mais simplement retranscrire le moment et mettre en valeur l’action des sujets qui s’y trouvent. C’est ce qu’on appelle la photographie institutionnelle, et c’est un numéro d’équilibriste.
Il s’agit en effet de trouver le juste milieu entre sa propre subjectivité de photographe et d’artiste, tout en proposant des supports adaptables à toute communication, et donc malléables.
Qu’est-ce qu’une photo institutionnelle ?
Comparons ces deux images que j’ai prise de l’artiste Simon Augade :
Ici, Simon est au centre de l’image.
Il est tout sourire et remplit bien le cadre.
Les couleurs sont fraiches, légèrement désaturées, pour coller à toute communication.
Cette image convient à tous les supports.


Ici, Simon est toujours centré mais c’est le décor qui occupe le plus le cadre. Simon est contemplatif, dans la poussière de l’atelier, renforcé par un filtre pro-mist et un contre-jour.
C’est une image qui demande plus de travail au spectateur.
Ainsi, une série se construit aussi en partant du besoin pour ses images, et donc de la commande. C’est celle-ci qui structure toute série photo, qui va dicter par exemple la proportion d’images « passe-partout », qui peuvent très bien être placées n’importe où dans un dossier, et d’images « titres », ces photos qui font travailleur le spectateur et qui vont généralement être mises en avant dans le maquettage.
En vidéo, on parlerait de B-Roll et de A-Roll, ou « métrage illustratif » et « métrage-héros ».
Comment garantir une cohérence sur sa série de photos institutionnelles ?
Ces séries de photos suivent des projets d’entreprises ou d’institution sur plusieurs journées, jusqu’à parfois plusieurs mois. Il est impératif de conserver un look cohérent et d’établir dès le début du projet une feuille de route cohérente avec la commande, en consultation avec toutes les équipes.
Par exemple, sur Tout Atout, projet de menuiserie et de charpente, je savais que le bois serait la star de la série. J’ai donc structuré mes choix selon l’évolution du chantier :

Les premiers temps étaient en atelier, des gestes répétitifs et méditatifs.
Les jeunes étaient proches du bois, et toute l’image est chargé des tons boisés, chauds et doux.
Ensuite, vint la présentation aux publics.
Là, ils sortaient de leur environnement, et il fallait donc marquer cela. Les dominantes sont bleues, plus professionnelles, mettant en avant le béton du décor.


Enfin, l’installation du chantier.
Les jeunes retrouvent les teintes boisées du début, mais en environnement extérieur, avec des tons clairs et froids qui contrastent avec les ombres boisées.
Il s’agissait aussi pour moi de représenter l’évolution des participants, depuis début au projet, hésitants et en cherche d’encadrement, à la fin du chantier, indépendants et tournés vers « l’après ». J’ai donc aussi cherché à les représenter plus autonomes dans leurs actions, le regard tourné vers le hors-cadre, vers l’avenir.
De même, les contrastes s’atténuent à mesure qu’ils évoluent. L’atelier et la présentation sont des temps déstabilisants, mais une fois arrivés sur le chantier, ils savent précisément où ils sont et « maîtrisent » leur environnement. Les contrastes se font donc plus doux, le monde est en quelque sorte moins dur.
Tout ça, bien sûr, ne sont que des exemples. Une bonne série doit utiliser tous les outils possibles pour raconter une histoire. Si on ne fait pas ces choix sciemment, alors on laisse les circonstances les faire pour nous, prenant le risque d’amoindrir la portée de nos photos.
Voilà une petite galerie qui condense mon travail sur cette série :





























